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"Il a fallu à Antoine de Margerie beaucoup d'obstination pour exercer
son métier de peintre, il lui a fallu enjamber bien des obstacles. Mais
peintre il l'était, et il a fallu moins de temps à ses confrères qu'à
un entourage, pour qui l'artiste est un trublion, pour le reconnaître
et l'asseoir parmi eux. C'est pourquoi il est entré avant l'âge de
trente ans au Comité du Salon des Réalités Nouvelles (1972).
Si discret qu'on l'aurait cru distant, son souci de précision étant
parfois assimilé à une sorte de froideur, alors qu'elle n'était que
recherche de justesse. La justesse, suprême exigence, suprême élégance.
Peintre et graveur, Margerie part d'une géométrie dans l'espace
faite de longues lignes droites ou courbes délimitant des plans arides
où les gris et les noirs dominent, des zones où règne le silence, où
l'émotion est apparemment absente; c'est le fruit d'un effort de
dépouillement sans cesse repris, d'une interrogation anxieuse
inlassablement renouvelée. Mais la rigueur et la précision ne
débouchent jamais sur ces ordonnances trop parfaites qui figent le
discours; au milieu des tons assourdis qui portent cette géométrie se
glissent des bleus, des roses, des oranges qui annoncent
l'épanouissement de la couleur.
Elle viendra avec le temps: les lignes se mettent alors à vibrer, la
matière se fait plus frémissante et une émotion énorme remonte à la
surface. C'est un élan toujours renaissant, qui ne laisse place à
aucune illustration de sentiment, à aucune évocation de la vie
intérieure. La forme est toujours là, qui appelle la couleur, et la
couleur dynamise l'espace. Le regard se trouve convié à une quête sans
fin, où le dénouement affleure toujours, où le mot de l'énigme se
dérobe au dernier moment."
Guy Lanoë
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